Derrière les yeux clos

On 17 décembre 2008, in La vie des Vermi, by vermi

Le rideau tombe lentement sur ce monde fluctuant, l’obscurité descend masquant à mes yeux le noir de la pièce. Le dernier rayon de lumière disparait dans le flou, le silence ambiant m’envahit doucement. Tandis que ma vue n’est plus, mes autres sens s’éveillent chaque seconde un peu plus, m’ouvrant à de nouvelles sensations engourdies de plusieurs heures d’éveil. C’est alors que la vue m’est rendue, infiniment plus subtile que celle que je possédais quelques secondes au par avant. Le grand ballet commence, dans la pénombre d’abord défilent les lignes de code, mais à peine ai-je le temps de réaliser ce qu’elles disent qu’elles disparaissent. Apparaissent alors les visages, ils sont tous là, je reconnais certains, d’autres disparaîtrons à jamais. Ils sont si fragiles, je peux les voir sans les regarder, ils ne sont qu’une ombre qu’on cherche à capturer. Alors qu’ils s’évanouissent, je sens le monde s’effacer à son tour, les sonorités raisonnent, les langues se mélangent.

Je tombe lentement. Le temps est maintenant comme du gaz dans l’eau, les bulles remontent aléatoirement, chacun apportant sa contribution au chaos. Je vois ma pensée se destructurer, le sommeil prend possession de mes membres. Non, pas encore, je ne dois pas, je dois maintenir la limite. La musique m’emporte, me fait voyager dans ce monde, dans mon monde. Je les revois tous, tous ces moments que j’ai passés aujourd’hui, je plonge tête la première dedans, des pas dehors de ce matin, la signature du colis, puis le repas, le code, tout ce dont j’ai parlé. L’instant d’après, me voilà en train de survoler toutes les questions qui sont restées en suspend. Je me perds dans les méandres des possibles, je vois les chemins disparaître devant leur incohérence. Je repousse toutes ces images, toutes ces pensées.

Un vide illusoire s’offre alors à mon esprit, une fraction d’éternité et de calme, mais déjà les pensées reviennent. Derrière ce vide infini le contenu pousse, vient déchirer tout ça. Penser, encore, toujours, ne pas s’arrêter. Je lutte pour repousser cette agitation, je veux rester encore quelques instants, mais le monde, mon monde, ma prison me rattrape. Il y a tant de problèmes à résoudre, de signes à décrypter, de choses à comprendre. Si peu de temps,  il faut analyser, encore, toujours. Mais déjà je me perds, l’appel de l’ombre est trop fort, à ce monde si futile l’abysse se superpose, tout ceci attendra bien demain.

 

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